Le Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se déroulera dans la capitale cambodgienne en novembre prochain avec comme point d’orgue le renouvellement du mandat du poste de Secrétaire général de l’Organisation, mis en jeu. En lice, la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui brigue un troisième mandat, la mauritanienne Coumba BA, une fervente proche du président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani et la Congolaise Patrice Émery Lumumba, fille de la figure historique du panafricanisme, Patrice Lumumba. Les tractations s’intensifient sur fond de bataille d’influence sans merci sur l’axe Kigali- Kinshasa laissant en rade Nouakchott dans un rôle de figuration. Selon des informations exclusives obtenues par Confidentiel Afrique, Paris et le Canada, deux puissances francophones sur l’échiquier international actionnent leurs leviers pour hisser la candidature Congolaise. Enjeux
La bataille pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s’annonce comme l’un des rendez-vous diplomatiques majeurs de l’année 2026. La Rwandaise Louise Mushikiwabo, actuelle titulaire du poste depuis 2019, qui brigue un 3e mandat, la Congolaise Juliana Lumumba et la Mauritanienne Coumba Bâ, ministre-conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani sont sur la ligne de départ. Ce trio incarne des visions contrastées de la Francophonie, entre continuité institutionnelle, renouveau politique et affirmation géopolitique.
Photo: Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale sortante de l »OIF
Coumba BA, candidate mairitanienne
Les enjeux de Phnom Penh
Le sommet de Phnom Penh de novembre 2026 se révèle comme une épreuve de vérité pour l’équilibre de l’institution et particulièrement pour la représentation africaine : cœur démographique de la Francophonie, l’Afrique revendique une direction forte. Ce qui augure d’une bataille par procuration entre Kigali et Kinshasa qui s’affrontent indirectement, chacun cherchant à imposer sa vision.
Mais, à Phnom Penh, c’est aussi la crédibilité institutionnelle qui est en jeu. Le choix du SG sera lu comme un signal sur la capacité de l’OIF à rester pertinente dans un monde multipolaire et maintenir l’équilibre politique et linguistique. En effet, le risque est que l’OIF devienne un instrument de rivalités africaines, au détriment de sa mission culturelle.
3 prétendants pour 1 fauteuil stratégique
Les trois potentielles candidates, sont déjà connues. Coumba Bâ de la Mauritanie, l’ex- ministre Congolaise, Juliana Amato Lumumba et l’actuelle patronne de l’institution Louise Mushikiwabo qui compte rempiler au titre d’un troisième mandat vont s’affronter en terre Cambodgienne. Les manoeuvres s’intensifient et cette élection s’impose comme la prolongation d’un derby diplomatique et d’influence entre Kigali et Kinshasa.
La ministre-conseillère du président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Mme Coumba BA et envoyée spéciale auprès de l’OIF, a certes une expérience diplomatique consistante mais sa candidature qui élargit la représentation souffrirait du fait que la Mauritanie relègue le français au second plan, ce qui fragilise sa légitimité culturelle.
La Secrétaire générale sortante, la rwandaise Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2018, prétend à un troisième mandat avec un bilan, une expérience institutionnelle et surtout des réseaux diplomatiques consolidés. Mais son troisième mandat est jugé excessif, les critiques sur la gouvernance se font de plus en plus nombreuses et plusieurs diplomates soufflent le risque d’un camouflet diplomatique pour Kigali soupçonné d’entretenir la guerre à l’est de la République démocratique du Congo qui apparemment veut transporter cette guerre au sein de la Francophonie sur un terrain plus diplomatique en annonçant officiellement la candidature de Juliana Amato Lumumba.
Ancienne ministre, fille de Patrice Émery Lumumba, figure historique du panafricanisme, elle part avec le soutien total de son pays, un pivot, un poids démographique et symbolique et un héritage historique. Tout ce qui pourrait l’affaiblir est le risque de polarisation Kinshasa-Kigali.
Si elle gagne, la RDC, pays le plus peuplé de la Francophonie, prendrait enfin les rênes avec un signal fort : l’Afrique centrale impose son poids démographique et historique, la Francophonie pourrait se recentrer sur l’Afrique, mais au prix d’une tension accrue avec Kigali.
Phnom Penh sera bien plus qu’un sommet : ce sera un moment de vérité pour l’Afrique francophone. Entre Kigali et Kinshasa, c’est une bataille d’influence qui se joue, avec en toile de fond l’avenir de la Francophonie. Si Kinshasa l’emporte, l’OIF pourrait se réinventer autour de son cœur africain. Si Kigali résiste, l’institution risque un déficit de légitimité. Si Nouakchott s’impose, ce serait un compromis, mais sans véritable élan.
Ce rendez-vous diplomatique important, sur fond de tractations feutrées attire des convoitises et fait bouger les chancelleries africaines. Élue en 2018 à Erevan en Arménie puis reconduite en 2022 à Djerba en Tunisie, Louise Mushikiwabo est la deuxième personnalité à briguer un troisième mandat à la tête de l’OIF, après Abdou Diouf. Son bilan met en avant une réorganisation institutionnelle, une meilleure lisibilité politique et une efficacité accrue dans les actions de coopération. Sous son mandat, l’OIF a accompagné des processus électoraux, renforcé la lutte contre la désinformation et soutenu des candidatures francophones dans les grandes organisations internationales. Elle a également promu la Francophonie économique, multiplié les partenariats commerciaux et défendu l’égalité femmes-hommes, notamment à travers des programmes de mobilité et de formation pour les jeunes filles dans les secteurs technologiques émergents.
Convoitises, réserves et nécessité d’un nouveau souffle
Cependant, la volonté de Louise Mushikiwabo de rempiler suscite des réserves. Le contexte géopolitique tendu entre Kigali et Kinshasa, marqué par les accusations de soutien du Rwanda aux groupes armés dans l’est de la RDC, fragilise sa position. Dans une institution où le consensus est la règle, cette candidature apparaît comme un pari risqué. Si elle conserve le soutien de pays comme la France, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, elle ne semble pas favorite face à la poussée congolaise. La RDC, premier pays francophone du monde par le nombre de locuteurs, n’a jamais dirigé l’OIF en 55 ans d’existence. En présentant Juliana Amato Lumumba, fille du héros de l’indépendance Patrice Émery Lumumba, Kinshasa entend conjuguer légitimité historique et poids démographique.
Juliana Lumumba, l’alternative crédible congolaise
Juliana Lumumba incarne un profil transversal : culture, économie, diplomatie et engagement sociétal. Polyglotte, elle maîtrise le français, l’anglais, l’arabe, le lingala et le swahili, ce qui lui confère une capacité rare à dialoguer avec les multiples espaces linguistiques de l’OIF.
Son parcours témoigne d’une volonté de relier francophonie linguistique et francophonie économique, en phase avec les priorités actuelles de l’organisation. Elle s’est imposée comme une voix engagée pour les femmes et les jeunes, intervenant dans des forums internationaux sur l’entrepreneuriat africain et le leadership féminin.
Au-delà de son profil, sa candidature est portée par une dynamique nationale et transpartisane. Le soutien affiché par des figures proches de l’opposition congolaise illustre une rare unité politique autour de son nom. Dans un contexte où l’alternance est perçue comme nécessaire, Juliana Lumumba apparaît comme l’option la plus crédible pour incarner un nouveau souffle.
Une bataille géopolitique sous-jacente
La candidature de Coumba Bâ incarne une volonté de renouvellement, mais elle souffre de certaines limites : la place du français tend à reculer en Mauritanie, et le pays ne dispose pas du même poids démographique ou géopolitique que la RDC. Néanmoins, son engagement pour une Francophonie plus attentive aux enjeux de jeunesse et de souveraineté culturelle pourrait séduire certains États membres en quête d’équilibre.
Au-delà des profils individuels, l’élection de novembre 2026 au Cambodge revêt une dimension géopolitique. Elle cristallise les tensions entre Kigali et Kinshasa, transformant la compétition en une bataille par procuration. Pour la RDC, il s’agit d’affirmer son leadership et de traduire son poids démographique en influence institutionnelle. Pour le Rwanda, la reconduction de Mushikiwabo serait un signal de stabilité et de continuité. Quant à la Mauritanie, elle ambitionne de s’imposer comme un acteur émergent dans le concert francophone. Mais ses limites diplomatiques l’éloignent des dessous de cartes qui se jouent sur l’axe Kigali- Kinshasa. Selon des informations exclusives obtenues par Confidentiel Afrique, Paris et le Canada, deux puissances francophones sur l’échiquier international actionnent leurs leviers pour hisser la candidature Congolaise. Volonté de rupture oblige dans un contexte géopolitique en Afrique Centrale tumultueux.
Le choix final, traditionnellement fondé sur le consensus, interroge l’avenir de l’OIF. La réponse des chefs d’État et de gouvernement dira si la Francophonie opte pour la continuité ou le renouveau. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est une institution singulière : elle incarne à la fois une communauté linguistique, un espace politique et un instrument diplomatique. Avec 88 États et gouvernements, elle représente plus de 320 millions de francophones, dont une majorité en Afrique. La Francophonie, née pour défendre une langue et une culture, se retrouve aujourd’hui au carrefour des luttes de pouvoir africaines. Phnom Penh décidera si elle reste un espace de diversité culturelle ou devient un champ de bataille diplomatique.
Par Oussouf DIAGOLA et Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)



