La Confédération africaine de football (CAF) n’en finit pas de se discréditer. L’hypothèse d’un retrait du titre du Sénégal pour l’attribuer au Maroc après coup, si elle venait à se confirmer, serait une gifle historique. Ce ne serait pas seulement une injustice sportive : ce serait un séisme institutionnel, révélateur d’un système gangrené par l’opacité, la corruption, le favoritisme et la cascade de scandales nauséabonds.
La CAN repose sur une règle simple : le terrain est juge. Remettre en cause ce verdict a posteriori, sans preuves irréfutables, c’est trahir l’essence même du sport. Ce n’est plus une compétition, c’est une mise en scène où les résultats se négocient dans les coulisses.
La CAF n’est pas étrangère aux dérives. C’est une institution minée par les scandales. En 2019, un audit PwC révélait des irrégularités financières de 24 millions de dollars.
La même année, le contrat Lagardère était résilié dans des conditions opaques, privant l’institution de stabilité commerciale.
En 2020, le président Ahmad Ahmad était suspendu par la FIFA pour corruption et mauvaise gouvernance
Plus récemment, en 2024, des enquêtes internes ont visé le secrétariat de la CAF pour corruption, tandis que Samuel Eto’o était convoqué pour des accusations de favoritisme et de fraude. Le trublion sud-africain Patrice Motsepe aurait- il touché aux dattes de Tiflet au point de livrer le onze sénégalais à l’échafaud ? Pourquoi Rabat voulait- il rebobiner le match et forcer la main à la CAF pour sa déculottée ? Que sest- il réellement passé en coulisses entre la CAF et le Royaume Chérifien? Beaucoup de zones d’ombre qui suscite polémique et suspicion.
Dans ce contexte, modifier le palmarès d’une CAN ne serait pas une anomalie, mais la confirmation d’une dérive structurelle.
Faillite de la diplomatie sénégalaise
Mais l’affaire mettrait aussi en lumière une autre faillite : celle de la diplomatie sénégalaise. Comment un pays champion d’Afrique, censé peser dans les instances continentales, pourrait-il rester figé dans une posture timide ? L’absence de réaction forte traduirait une incapacité à défendre ses intérêts. Le Sénégal apparaîtrait non seulement lésé, mais isolé, incapable de mobiliser des alliances ou d’imposer un rapport de force.
Ce scénario met à nu une double crise : celle d’une crise de gouvernance au sommet du football africain, où l’arbitraire supplante la règle et celle d’une crise de leadership du côté des États, incapables de riposter face à l’injustice.
Retirer un titre au Sénégal ne serait pas un simple épisode polémique : ce serait l’illustration la plus éclatante d’un football africain en perte de repères, où la victoire ne se joue plus sur le terrain mais dans les bureaux. La CAF joue avec le feu. Et si personne ne s’y oppose, c’est tout le crédit du football continental qui risque de partir en fumée.
Par Hippolyte GOURMANTIER (Confidentiel Afrique)


