Par Oussouf DIAGOLA
Antananarivo se réveille souvent dans une lumière douce qui glisse sur les collines de la capitale. Mais ces derniers jours, quelque chose de différent flotte dans l’air. Sur les terrasses de café, dans les taxis-be (appellation populaire des transports en commun) les écrans des téléphones où défilent les discussions politiques, un même mot revient: changement.
Le 15 mars 2026, le président de la transition Michaël Randrianirina a nommé un nouveau Premier ministre: Mamitiana Rajaonarison. Une décision attendue dans un pays qui traverse une période charnière de son histoire politique.
Dans les rues d’Antananarivo, la nouvelle s’est propagée rapidement. «On espère surtout que cette fois les choses vont vraiment changer», confie un étudiant rencontré près de l’université d’Ankatso, smartphone à la main, où circulent déjà les premières analyses et commentaires.
Un technocrate à la réputation austère
Le visage de Rajaonarison n’est pas celui d’un tribun charismatique. Son parcours est celui d’un homme d’État formé dans les institutions, loin des flamboyances politiques.
Diplômé de l’École nationale d’administration, il appartient à cette génération de hauts fonctionnaires façonnés par la culture administrative et la rigueur de l’appareil d’État. Sa carrière s’est construite entre les couloirs de l’administration, les structures de sécurité et les institutions de contrôle financier.
Il a notamment travaillé au sein du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), avant de diriger le Service de renseignement financier (Samifin), organisme chargé de traquer le blanchiment d’argent et les circuits financiers illicites.
Ce parcours technique, parfois discret, a forgé sa réputation. Dans les cercles politiques malgaches, certains le décrivent comme un homme réservé mais inflexible, peu enclin aux compromis lorsqu’il s’agit de questions d’intégrité.
Au palais d’État de Mahazoarivo, lors de la cérémonie de nomination, le président Randrianirina a insisté sur un mot : la droiture.
Dans un pays où la corruption est régulièrement dénoncée comme un frein au développement, cette qualité a été mise en avant comme la pierre angulaire de la nouvelle étape politique. « Notre pays a besoin de dirigeants intègres », a déclaré le chef de l’État devant les députés du courant majoritaire.
Pour beaucoup d’observateurs, la nomination de Rajaonarison traduit une volonté de donner un signal politique fort : celui d’une gouvernance plus transparente et d’une lutte renforcée contre les circuits financiers opaques.
La jeunesse en vigie
Dans les quartiers populaires de la capitale comme dans les universités, une génération suit de près ces évolutions politiques. Sur les réseaux sociaux, les discussions sont animées. La jeunesse malgache, souvent connectée et très attentive aux questions de gouvernance, observe avec prudence les promesses de réforme.
« On veut voir des résultats », résume une jeune entrepreneuse rencontrée dans le quartier d’Isoraka. « La transparence, la justice, des institutions qui fonctionnent vraiment. »
Cette attente dépasse la capitale. À travers le pays, la question de la bonne gouvernance est devenue centrale dans le débat public.
La tâche qui attend le nouveau Premier ministre est immense. Le gouvernement devra préparer un dialogue national, mener des réformes électorales et organiser les échéances politiques destinées à mettre fin à la période de transition.
Pour Rajaonarison, l’équation est délicate : maintenir la stabilité politique tout en répondant à une demande croissante de transformation institutionnelle.
Dans les rues d’Antananarivo, les conversations oscillent entre prudence et espérance. L’histoire politique malgache a souvent été faite de cycles de crises et de renouveau.
Mais pour certains habitants, l’arrivée de ce technocrate réputé rigoureux pourrait marquer le début d’un autre chapitre. Un chapitre où l’intégrité et la transparence ne seraient plus seulement des promesses, mais les fondations d’un État réconcilié avec ses citoyens.
Par Oussouf DIAGOLA (Confidentiel Afrique)


