Le Djoloff vient de perdre l’un de ses fils les plus illustres. Pathé Konaté, le plus ancien et le plus grand photographe du département, véritable dernier des Mohicans, nous a quittés.
Photographe depuis le début des années 1950, Pathé Konaté est le petit fils de Pathé Dia petit frère de El hadji Daouda Dia. Il est originaire de Bokiladji de par son père et de Ndiossy de par sa mère Seynabou Dia fille de Pathé Dia et cousin direct d’El Moussa Dia de Mbeuleukhé et du docteur Samba Ndiaye. Il a profondément marqué notre enfance et notre jeunesse. Aucun bébé ou élève n’a échappé à son objectif dans mes années50 et 60: il était le photographe des écoles, celui qui a figé pour l’éternité nos premiers souvenirs officiels.
Il a immortalisé les grands moments de l’histoire du Djoloff, depuis la période coloniale jusqu’aux premières années de l’indépendance. Son précieux album en témoigne, avec les images de figures emblématiques — chefs religieux, notables, hommes politiques, enseignants, fonctionnaires civils et militaires — ainsi que d’édifices aujourd’hui disparus, à l’image du monument aux morts.
Un itinéraire éblouissant
Dans son studio situé chez Saloum Camara, en face de la gendarmerie de Linguère, puis à Dahra où il résidait, nous contemplions avec émerveillement les portraits soigneusement réalisés de nos grands-parents et de nos parents, élégamment vêtus et coiffés.
Pathé Konaté a également documenté des événements marquants : la capture d’un bébé tigre par les Français vers Lindé, au sud de Linguère, le passage du train « Week-end », l’arrivée des soldats français à Dodji, les défilés des fêtes de l’indépendance française puis sénégalaise, les véhicules des préfets, les fonctionnaires, les notables, sans oublier les élèves et leurs maîtres.
C’est ainsi un visionnaire, un grand professionnel, un homme passionné et amoureux de son métier qui tire sa révérence, laissant le Djoloff orphelin et ses populations dans une profonde douleur et une immense tristesse. Pour ma part, je ne me rendais jamais à Linguère sans aller lui dire bonjour, recevoir ses prières et ses conseils. Mes condoléances à son fils aîné, mon ami Marcel, àsa famille et à tout le Djolof
Dors en paix, tonton
Par Samba Mangane, Journaliste


