C’est une nouvelle retentissante parvenue à Confidentiel Afrique. Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien président de transition du Burkina Faso, aurait été arrêté au Togo puis extradé vers Ouagadougou, le 17 anvier dernier. Après une audition, suivie de son jugement, les autorités togolaises ont pris la décision de l’extrader vers Ouagadougou sur demande des officiels burkinabè, laissant son épouse et ses enfants dans leur villa de Lomé 2. Confidentiel Afrique revient sur les dessous d’une affaire explosive, mais gérée discrètement par les deux États depuis une dizaine de jours. Exclusif
L’information sur l’arrestation de l’ex-président Paul-Henri Sandaogo Damiba, au Togo, où il s’est réfugié depuis sa chute en septembre 2022 et son extradition vers Ouagadougou en octobre, s’est répandue comme une trainée de poudre, ces derrières heures dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Même si Ouagadougou, qui a maintes fois accusé l’ex-chef de l’Etat de plusieurs tentatives de déstabilisation, n’a pas encore pipé mot, la nouvelle vient d’être confirmée par une source officielle togolaise. La derrière accusation remonte à début janvier dernier, avec une série de témoignages de complices de Damiba, qui ont été diffusés sur les antennes de la Télévision nationale, RTB. Il était question d’éliminer physiquement l’actuel chef de l’Etat, le Capitaine Ibrahim Traoré, engagé dans une révolution populaire progressiste.
Selon des sources bien renseignées, Damiba aurait été mis aux arrêts par les autorités togolaises, sur la base d’informations compromettantes de tentatives de déstabilisation, fournie par le régime de son tombeur, le capitaine Ibrahim Traoré. Aussi a-t-il été embarqué et expédié comme un colis à Ouagadougou, dans la pure discrétion.
Tournant majeur de décrispation politico- militaire sur l’axe Lomé- Ouagadougou
Cette extradition est plus qu’une victoire diplomatique pour le gouvernement burkinabè, qui a échappé à plusieurs coups d’Etat dont Damiba serait l’instigateur. Il reste à voir la suite à donner à cette arrestation par Ouagadougou. L’axe Lomé- Ouagadougou entre dans une ligne de décrispation politico-militaire avec l’affaire Paul – Henri Damiba, nom de l’ancien chef de la junte burkinabè du MPSR1, accusé de « tentative de déstabilisation » du régime en place au Burkina. En exil dans la capitale togolaise depuis son extradition du Burkina septembre 2022, l’ancien président vivait avec son épouse et ses enfants dans une résidence mise à leur disposition par le président Faure Gnassingbé Éyadéma. Selon des sources concordantes issues de son entourage et des milieux du renseignement togolais et burkinabè, il aurait été conduit vers une destination inconnue par les services togolais de sécurité avant son extradition vers Ouagadougou intervenue le 17 janvier 2026. Ses téléphones, ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants, ont été confisqués, rendant tout contact impossible avec sa famille en exil à Lomé. Certains de ses collaborateurs directs ont également été interpellés par les autorités togolaises, signe que l’opération s’inscrivait dans une stratégie plus large de neutralisation. Confidentiel Afrique a suivi en coulisses en exclusivité le film de son extradition.
À Ouagadougou, le ministre de la Sécurité nationale, Mahamadou Sana, a détaillé devant la télévision publique RTB les contours de ce qu’il présente comme une tentative de déstabilisation. Selon lui, le 3 janvier 2026 à 23 heures, un plan prévoyait l’assassinat ciblé de plusieurs autorités civiles et militaires, dont le président Ibrahim Traoré, ainsi que la neutralisation de la base de drones. Un présumé complice, El Hadj Madi Sakandé, a été montré dans une vidéo diffusée par la RTB. Il affirme avoir rencontré Damiba à deux reprises, en 2023 et en 2025, et avoir reçu pour mission de mobiliser des soutiens. Il déclare également avoir récupéré 70 millions de FCFA en Côte d’Ivoire pour financer l’opération.
Retour sur le parcours d’un officier controversé
Né en 1981, Damiba est un officier supérieur formé au Burkina, notamment au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK) et à l’Académie militaire George Namoano de Pô et en France, précisément à l’Académie militaire de Paris. Spécialiste des stratégies antiterroristes, il s’est imposé sur la scène politique burkinabè en janvier 2022, en renversant le président Roch Marc Christian Kaboré. A la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), il promettait de restaurer la sécurité face aux attaques djihadistes.
Mais son mandat a été comme un.éclair et contesté. Durant ses huit mois de pouvoir, les attaques se sont intensifiées, suscitant de vives critiques sur sa gouvernance et sa stratégie à lutter contre le terrorisme. En septembre 2022, Damiba a été évincé par le capitaine Ibrahim Traoré et d’autres officiers du MPSR. Contraint à l’exil, il a trouvé refuge au Togo, suite à des négociations. Il a été radié des effectifs de l’armée en novembre 2024.
Une audience expéditive
Vendredi dernier, Damiba a été présenté devant un juge togolais lors d’une audience spéciale. Il n’a pas bénéficié de l’assistance d’un avocat. Avant cette étape officielle, il aurait subi plusieurs jours d’interrogatoires musclés menés par les services de sécurité sur ordre de la présidence togolaise. À l’issue de cette audience, la décision d’extrader l’ancien chef de l’État aurait été prise, officiellement en vertu de l’accord de coopération judiciaire liant les deux pays. Les téléphones de son épouse et de ses enfants ont été restitués, mais les émissaires togolais auraient déclaré froidement à la famille : « Votre mari a été remis aux autorités de votre pays ». Selon des informations de Confidentiel Afrique, les services secrets togolais ont demandé à son épouse de lui préparer sa valise de vêtements. Elle s’exécuta dans la foulée.
Damiba n’a jamais été reçu en audience depuis son exil octobre 2022 par le président Faure Gnassingbé Éyadéma et interdit de voyager hors du Togo
Derrière la vie d’exilé à Lomé et les fastes de sa prise en charge avec son épouse et ses enfants, Paul- Henri Damiba n’a jamais rencontré le président Faure Gnassingbé Éyadéma qui lui a offert un toit depuis son exfiltration sur Lomé, glisse une source autorisée à Confidentiel Afrique. Cette décision des autorités togolaises d’avoir accordé un repli de l’ex- putschiste burkinabè avait ravivé les relations devenues » méfiantes » entre Ouagadougou et Lomé.
Depuis son arrivée en exil en septembre 2022, Damiba n’a jamais été reçu par le président Faure Gnassingbé. Les relations entre les deux hommes n’étaient pas ai beau fixe confie une source proche de l’ancien président- putschiste. Le Togo lui assurait seulement le strict minimum vital, et il lui était interdit de quitter Lomé. Aujourd’hui, son sort reste incertain. Extradé en toute discrétion après une résidence surveillée, Damiba demeure au cœur d’un bras de fer régional où se mêlent justice, politique et diplomatie. Quid du sort qui sera réservé au colonel – putschiste béninois Pascal TIGRI, qui séjournerait selon des indiscrétions sur l’axe Niamey- Lomé ? Rien de tout cela n’est confirmé. Pour l’instant.
Par Hugues DESORMAUX (Confidentiel Afrique)


